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Affichage des articles associés au libellé Scènes et détails du quotidien
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Façade comme un paysage de brume, une large zone de silence dans le brouhaha bricolé des lignes, câbles, tuyaux, fils. Devant le muret de parpaings branlant, un scooter attend, inquiet d'être prisonnier des branchages. Et puis il y a cette curieuse cabine, les modules des climatiseurs, le chat qui évalue l'espace et la situation à sa façon... oreilles mobiles, détectant les moindres mouvements, identifiant les potentielles cachettes et possibilités de fuite. Vélos silencieux à gauche dans l'allée incertaine, sous le bavardage incessant des fenêtres. 
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Les renseignements apparaissent peu à peu. J'aime sa main tendue devant le rideau. Son application. Perché sur son escabeau, il doit aussi veiller à garder l'équilibre. Il est absorbé, tout entier dans le présent. L'abondance de lignes horizontales est brisée par sa silhouette et par la noirceur des caractères qu'il appose. D'ordinaire, on passe devant eux comme s'ils faisaient depuis toujours partie du décor. Qui a déjà vu ce travail en train d'être réalisé ? C'est peut-être ce qui donne à la photo toute sa valeur. 
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Couloir au plafond dépecé, entrailles mises à nu. Inversion dans l'ordre du monde : la ville prend corps, veines artères et tripes exposées tandis que les gens avancent, visages inexpressifs, pas qui résonnent comme des métronomes. Il faudrait pouvoir prendre la porte à gauche comme on prend la tangente. La porte à gauche est peut-être une issue. De secours.      
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Suspendus, mis à sécher ils tiennent à la fois du poulpe et du papillon. Présence recueillie, discrètement évocatrice d'un labeur diligent. Ce sont des gants en plastique, mais sur le vieux perron en bois ils ne dénotent curieusement pas.  Épais, robustes, taillés pour les gros travaux ou le jardin, ils se confondent ici avec quantité de tuyaux et de manches. Ce pourrait être un mollusque au repos. Derrière, les doigts de l'autre paire pointent dans tous les sens et forment une sculpture étrange.  Redressés, victorieux devant les végétaux qui foisonnent, laissés en évidence comme des témoins du travail accompli et le signal de tout ce qu'il reste encore à faire. Ici, on ne chôme pas. Demain, à la première heure, on se retroussera les manches, on enfilera de nouveau les gants.  
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  Accroupie, grattant la terre, arrachant quelques herbes folles pour faire de la place à d'autres pousses, je convoque le vivant dans les interstices. Entre immeubles et barrières, sous le soleil déjà haut je m'échine à raviver d'anciennes forces. Relâcher l'étreinte du béton pour, bientôt, le plaisir de voir les tiges, feuilles et corolles s'épanouir. Déjà quelques insectes bourdonnent autour de moi, attentifs à mon travail sur cette parcelle en friche, délaissée de tous.  Courbée des heures durant malgré mon âge, attentive aux besoins des plantations, je prends soin du sol, des légumes. En lisière de la ville où seuls les immeubles poussent, nous toisent de toute leur hauteur, je me consacre à mes tâches terre à terre avec une conviction sans faille. Nous sommes quelques-uns, encore, à y trouver du sens. Certains diront qu'on se donne bien du mal pour pas grand chose... ils n'y connaissent rien.  Je me penche, et c'est la profusion. Le regard scrute, ...
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Allez-y, passez. Moi, je reste là. Je vous regarde. Allez travailler, faire vos courses, faire comme si de rien n'était. Faites aller. Je l'ai fait assez longtemps. J'ai fait ma part. Je vous regarde mais je ne vous écouterai plus. Derrière, le rideau de fer est tiré, considérez que c'est pareil pour moi. J'ai fermé boutique. Mis la clef sous la porte. Vos pas approchent, s'éloignent. Moi je reste. Vous ne faites que passer. Ici on ne se croise plus. On ne se croise jamais. On passe comme des spectres et la blancheur du soleil n'y fait rien. Elle efface au contraire vos visages, vos ombres grandissent. Vous n'êtes plus que passants qui se répètent. Passant, passant, passant et moi... je ne serai bientôt plus que rampe, margelle, rideau.  
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Rythme prudent, petits pas, fort appui sur la canne pour conjurer toute perte d'équilibre. Le sac de courses est lourd, mais elle avancera ce qu'il faut, sans faire de pause. Son regard n'est pas tourné vers la rue, l'horizon ou le ciel cisaillé de lignes électriques, mais vers le sol qui défile devant ses pieds. Seul compte le présent. Seul le présent, pas après pas, peut encore la conduire à destination. Derrière, une voiture onéreuse en approche. Noire, reluisante, courbes régulières et parfaitement symétriques. Curieux contraste avec cette petite vieille modeste, forte et fragile.    
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  En partance. Elle est pensive. Peut-être s'inquiète t-elle d'avoir oublié quelque chose, d'avoir bien fermé l'appartement à clef. Peut-être se remémore t-elle l'itinéraire qui les attend, le numéro du bus, la correspondance des trains. Les roulettes de la valise produisent sur le goudron un son rauque qui accentue le flux des préoccupations. Avec la petite, l'organisation est rapidement devenue une seconde nature. Plus question de flâner, d'improviser. Rien ne doit être laissé au hasard. Jusqu'aux cheveux attachés sur le côté, afin qu'ils ne tombent pas sur son visage pendant qu'elle la porte dans son dos. C'est la petite, à présent, qui a le monopole de l'attention flottante, de la curiosité pour chaque chose, et c'est très bien comme ça. La voir écarquiller ses grands yeux est un bonheur immense, tendre une main ébahie vers chaque chose, une ombre, un reflet brillant, un arbre ou un oiseau... et peut-être aussi vers le jeune homme...
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  Sur la photo, elle capte immédiatement le regard mais dans la rue, personne ne la voit. Sa posture entre repli et ouverture, d'une douceur peut-être un peu triste, trace une diagonale que l'homme au téléphone prolonge. Indifférents l'un à l'autre, ils se font néanmoins étrangement écho. Deux univers que tout oppose cohabitent un instant sur une même ligne : elle rêveuse, lui affairé ; elle jeune, lui vieillissant ; elle à demi-nue, lui en costume, mallette chargée de dossiers. Derrière, les passants forment un contraste similaire entre générations. La boutique d' amaguri , spécialité de châtaignes grillées, n'aura sans doute pas fait florès ce jour-là.  C'était peut-être à Yokohama...   
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Toujours là. En dépit de l'âge, des douleurs, d'un corps qui se racornit mais se maintient encore, bon gré, mal gré. Toujours là parce qu'il faut bien vivre comme on peut, de si peu. De toute façon, "qu'est-ce que je pourrais bien faire d'autre ?", lance-t-elle avec un grand sourire limpide à quiconque lui suggère qu'il serait grand temps de prendre soin d'elle, à présent. Certes, la petite boutique est encombrée mais elle sait avec exactitude où tout est rangé, chaque chose à sa place même si c'est au beau milieu d'un tas d'autres choses. Pendant les périodes creuses, elle lit avec attention ses magazines, penchée juste au-dessus des articles, le doigt suivant patiemment les caractères qui rapetissent de jour en jour. Derrière elle, une photo encadrée. Pas celle d'un fils ou d'un mari. Un chien. Attentif, avec son regard franc de toujours, sa queue en cercle, comme une interrogation : "Que veut ma maîtresse ? Qu'attend...
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  Le vieil homme titubait, enivré par l'alcool et l'exubérance des fleurs. La perspective formait devant lui comme un goulot. Il s'y précipitait d'un pas décidé mais peinant à maintenir sa trajectoire, oscillant d'un côté à l'autre de la route, bras ballants et regard vitreux. Faille dans la fête, malgré les rangées de lanternes et d'arbres magnanimes. Que nous marchions sous des voûtes de fleurs ou d'étoiles, des lézardes se dessinent sous nos pas.  Pour recouvrer ma part d'insouciance, je me faisais rameaux, pétales, prières.   
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  Un doux bric-à-brac où se côtoient ustensiles, porte-bonheurs, souvenirs. Objets ayant déjà servi un bon millier de fois. Bassine, pinceaux, tuyaux d'arrosage, serviette, brosses en tous genres... rien de précieux mais le temps et l'usage en ont fait des présences familières, leur ont conféré une forme de vie intérieure. Une amulette suspendue, un étrange chat porte-bonheur, un couple de figurines à jamais amoureuses. Placés dans la remise plutôt que mis au rebut, ils continuent malgré tout de compter, à leur manière. Tout en retenue, comme des témoins. Le miroir crée dans l'image une ouverture, mais ce reflet de la rue renvoie aussi au passage du temps, aux gens qui défilent, aux saisons successives. J'imagine le propriétaire. Parfois son regard s'arrête sur l'un de ces objets... c'est alors comme s'il regardait dans un rétroviseur.      
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  Elle tenait fermement le bouquet des deux mains, en même temps que la lanière de son sac. Le reste de son corps s'était progressivement détendu et elle avait fini par fermer les paupières, se laissant porter par le rythme des rails. Les mains jointes, les yeux clos donnaient à sa posture une apparence de recueillement. L'emballage froissé du bouquet formait comme une émanation fantomatique devant son visage. Au sommet, les plantes dépassaient légèrement du papier. Elle avait choisi ses préférées. Avec soin, pour qu'il puisse assister à l'éclosion des bourgeons. Au moins une fois encore. Elle tenait le bouquet fermement, comme elle tiendrait bientôt sa main.    
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  La posture est belle, détachée. Le banc et la balustrade, massifs et robustes, rendent sa silhouette un peu frêle. Et pourtant il s'accorde à merveille avec ce bois élimé par le temps et l'usage. Une telle nonchalance est rare en public. Le privilège de l'âge. Dans le regard flotte peut-être une certaine fatigue résignée. Il semble imperturbable : encore un jour qu'il laisse doucement s'écouler au son du canal. Le chapeau de biais lui donne une touche d'élégance désinvolte. Le port des gants instaure quant à lui un mystère des mains. Le saule forme au-dessus comme une alcôve. Entre la souplesse aérienne du jeune feuillage et la pesanteur du bois ancien, le vieil homme est un parfait intermédiaire. Une présence en creux et en reliefs. 
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Deux scènes qui se déroulent en parallèle. Les dames à gauche auront-elles finalement trouvé chaussure à leur pied ? "2000 yens, si la taille convient, c'est vraiment une bonne affaire !" peut-on lire sur l'affichette. J'aime la composition de cette image. Les lignes de fuite et de démarcation, la multiplicité des formes et des textures : cette armada dépareillée de souliers et de sandales, tous ces carrés, ces rayures... et la douceur des silhouettes humaines. En particulier celle de cette femme à droite, qui descend les marches vers le métro. Où se rendait-elle ? Qu'est-ce qui se joue ici et nous échappe, comme à chaque instant de nos vies ?  Pour un moment, laissons-nous aller dans leurs pas. 
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  Dans le film La beauté du geste (titre original : Keiko, me wo sumasete *), Shô Miyake nous invite à suivre Keiko, une jeune femme malentendante qui pratique la boxe et vient de passer professionnelle. Le film est inspiré de l’autobiographie de la boxeuse Keiko Ogasawara. Keiko n’est pas vraiment adaptée à la grande ville, et inversement. Les gens y vont et viennent toujours trop vite, sans tenir compte des uns des autres. La ville est un faisceau de codes, d’obligations et de signaux, dont beaucoup sont sonores et lui demeurent imperceptibles. Elle cohabite dans un appartement de banlieue avec son petit frère musicien, doux rêveur un peu négligeant, mais qui reste attentionné à sa manière. Son emploi de femme de ménage dans un hôtel lui confère une certaine autonomie, et lui permet de consacrer son temps libre à l’entraînement.  La boxe est pour elle un ancrage, tout comme le vieux club où elle pratique. Un lieu où elle peut enfin s’accorder, être au monde sans souffrir de...

Que ce vécu demeure

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J'ai habité dans un appartement miteux de banlieue, sans douche ni eau chaude. Je l'ai aménagé avec des meubles récupérés dans la rue. Un fauteuil simili cuir usé et sans pieds, posé à même les tatamis. Des étagères dépareillées, une table basse. J'avais aussi installé une petite plante sur le rebord de la fenêtre. Quand le soleil se posait sur elle, son vert étincelait dans toute la pièce comme un enchantement. Les voisins étaient fauchés et peu loquaces. L'un d'eux se raclait continuellement la gorge et crachait parfois bruyamment. De temps à autres quelques cafards se montraient, mais ils n'étaient jamais bien gros. Je me lavais à l'évier, avec un gant. J'ai beaucoup exploré le quartier à pied, à vélo.  J'ai habité dans une Guest House immense où vivaient de jeunes étrangers de tous les pays ainsi qu'une poignée de japonais. Bâtiments décrépits mais toujours propres, chambres de six tatamis, cuisine et sanitaires partagés entre les résidents....
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  Je levais la tête et elle était là. Apparition touchante d'un petit visage rond très concentré entre les barreaux de la balustrade. Est-elle en train de dessiner, de colorier ? Est-elle absorbée par les images d'une histoire ? Derrière, la lumière allumée suggère que le soir tombe. Au-dessus de sa tête, des bulles de savon s'envolent. Soufflées par qui ? Un frère espiègle et dissipé, pour détourner son attention ? Un parent qui se réjouit à l'idée de susciter la surprise ? Quoi qu'il en soit, l'austérité des briques et des barreaux, des lignes du plafond et des lignes électriques reflétées dans la vitre, est mise à mal par la rondeur des joues, la rondeur des bulles, la rondeur du jour déclinant. Du bâtiment rectiligne, s'échappe un élan de poésie et d'innocence.  A la fenêtre, entre le dedans et le dehors, entre le présent et l'avenir qui s'ouvre devant elle, se tient l'enfance.  
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  C'était un samedi, en juillet. Je longeais un petit canal pendant plus d’une heure et faisais ce curieux inventaire, a priori peu ragoûtant : "D’énormes carpes luisantes, des usines, des maisons sans aucun charme, quelques baraques abandonnées en train de pourrir, un tas de clous rouillés, un vieux bidon d'huile faisant office de table, un cendrier rempli de mégots, des gants usés invitant à lire un magazine de mode défraîchi intitulé... PQ (pour Princess Queen , évidemment)." Et pourtant... j'étais heureux de toutes mes "trouvailles". "Parti de Musashi-Kosugi pour finalement rejoindre Mizunokuchi . Je prends le train pour rentrer."

Un tissu d'ombres vivantes

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Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....