Les colonnes étaient brisées mais le tronc fin, lui, droit et sans prétention, poursuivait sereinement sa croissance. Des vestiges récents, comme toutes ces photos finalement, dont j'ai entamé l'archéologie subjective. Mon présent est jalonné de ruines, mais composé aussi de ces lignes vivantes qui maintiennent le renoncement à bonne distance. Un foisonnement qui, pour peu qu'on le laisse prendre place, finira un jour par recouvrir entièrement nos édifications disloquées, nos temples délaissés.
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Le vieil homme titubait, enivré par l'alcool et l'exubérance des fleurs. La perspective formait devant lui comme un goulot. Il s'y précipitait d'un pas décidé mais peinant à maintenir sa trajectoire, oscillant d'un côté à l'autre de la route, bras ballants et regard vitreux. Faille dans la fête, malgré les rangées de lanternes et d'arbres magnanimes. Que nous marchions sous des voûtes de fleurs ou d'étoiles, des lézardes se dessinent sous nos pas. Pour recouvrer ma part d'insouciance, je me faisais rameaux, pétales, prières.
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Un prunier, probablement, dans une arrière-cour vétuste. Les fleurs se détachent sur fond de façade grisâtre, formant des touches éparses mais d'autant plus éclatantes. Nous sommes bien loin de la grandiose profusion des fleurs de cerisiers, dont la saison vient de débuter au Japon. Mais ce déploiement modeste sur les branches nues et graciles vient réveiller d'autres émotions. Le manque apparent inspire une gratitude d'autant plus grande pour ce qui se donne à voir. Le faible nombre de branches permet au regard de les parcourir, d'aller et venir en s'attardant sur chaque petite efflorescence improbable. Il y a une certaine régularité dans l'image : la division en trois branches, les lignes droites du bâti... mais sans cesse altérée par les traces d'usure, d'humidité, par les courbures et les fissures qui prolongent le végétal. Et j'aime beaucoup ce segment de lierre en haut à droite, qui semble initier une fuite discrète.
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J'aime beaucoup cette image. La démarcation des espaces par la lumière et les matières. Les vieux pavés irréguliers que le regard arpente jusqu'à la dame au loin. Sa silhouette rend le portique du sanctuaire monumental. Un torii à moitié caché par le feuillage des arbres, si bien qu'il semble en émaner ou retourner à son état primordial. La brèche de lumière trace elle aussi un chemin, de biais, pour souligner la présence discrète du chat. Il semble attendre. La photo est un intervalle suspendu. Un champ de relations entre les lignes, les êtres, l'ombre et la clarté presque aveuglante, le sanctuaire et la rue. Il y a ici un rythme, une respiration. Tout est en suspens mais rien n'est figé. Si je devais donner un titre à cette image, ce serait sans doute : "Entre".
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La posture est belle, détachée. Le banc et la balustrade, massifs et robustes, rendent sa silhouette un peu frêle. Et pourtant il s'accorde à merveille avec ce bois élimé par le temps et l'usage. Une telle nonchalance est rare en public. Le privilège de l'âge. Dans le regard flotte peut-être une certaine fatigue résignée. Il semble imperturbable : encore un jour qu'il laisse doucement s'écouler au son du canal. Le chapeau de biais lui donne une touche d'élégance désinvolte. Le port des gants instaure quant à lui un mystère des mains. Le saule forme au-dessus comme une alcôve. Entre la souplesse aérienne du jeune feuillage et la pesanteur du bois ancien, le vieil homme est un parfait intermédiaire. Une présence en creux et en reliefs.
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Dans le film La beauté du geste (titre original : Keiko, me wo sumasete *), Shô Miyake nous invite à suivre Keiko, une jeune femme malentendante qui pratique la boxe et vient de passer professionnelle. Le film est inspiré de l’autobiographie de la boxeuse Keiko Ogasawara. Keiko n’est pas vraiment adaptée à la grande ville, et inversement. Les gens y vont et viennent toujours trop vite, sans tenir compte des uns des autres. La ville est un faisceau de codes, d’obligations et de signaux, dont beaucoup sont sonores et lui demeurent imperceptibles. Elle cohabite dans un appartement de banlieue avec son petit frère musicien, doux rêveur un peu négligeant, mais qui reste attentionné à sa manière. Son emploi de femme de ménage dans un hôtel lui confère une certaine autonomie, et lui permet de consacrer son temps libre à l’entraînement. La boxe est pour elle un ancrage, tout comme le vieux club où elle pratique. Un lieu où elle peut enfin s’accorder, être au monde sans souffrir de...
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Une résidence récente en soirée. J'ai voulu prendre la photo à hauteur d'herbes, pour contrecarrer la géométrie implacable de l'immeuble. L'arbre au milieu, solitaire, soutenu par ses poutrelles obliques, en impose par sa présence stable et vénérable. La débauche de lumières derrière lui, sur la façade, crée au contraire une impression d'impermanence, presque de vitesse malgré la succession rectiligne des étages. L'arbre est le témoin des vies qui passent à toute allure dans ce monde éminemment quadrillé et, néanmoins, flottant.