Elle tenait fermement le bouquet des deux mains, en même temps que la lanière de son sac. Le reste de son corps s'était progressivement détendu et elle avait fini par fermer les paupières, se laissant porter par le rythme des rails. Les mains jointes, les yeux clos donnaient à sa posture une apparence de recueillement. L'emballage froissé du bouquet formait comme une émanation fantomatique devant son visage. Au sommet, les plantes dépassaient légèrement du papier. Elle avait choisi ses préférées. Avec soin, pour qu'il puisse assister à l'éclosion des bourgeons. Au moins une fois encore. Elle tenait le bouquet fermement, comme elle tiendrait bientôt sa main.
Articles
Affichage des articles associés au libellé Trains
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
Il y avait quantité de stations, de petites gares ayant toutes leurs spécificités. Je voudrais pouvoir tout retrouver. Que tout soit là : le hors-champ de mes photos. Les sons, les odeurs... A quoi ressemblaient-ils ces bâtiments qui projettent ici leur ombre étrange sur le grand mur de la voie ferrée ? Quelles gares reliait cette ligne ? J'aimerais me souvenir de tout : le visage du jeune homme qui approche à vélo, celui de l'homme en noir qui marche derrière, tout au fond. Mais je n'ai pas assez photographié, pas suffisamment noté, enregistré, consigné. On ne peut pas simultanément se laisser porter par l'instant, accueillir tout ce qui se présente et mémoriser avec précision les dates, les lieux, les trajets. La porosité et l'ouverture forment une mémoire diffuse, mais terriblement lacunaire. Il ne me reste que des bribes — rencontres fortuites, sensations passagères. Le panneau au premier plan est celui d'une agence immobilière : magasins, terrains, app...
- Obtenir le lien
- X
- Autres applications
Des trajets sans fin de métro et de train, sur ce fil ténu entre le réel et les rêves. Visages fourbus par un labeur appliqué auquel on consacre son corps, son sommeil, sa santé. Souvent après le travail on ne peut pas tout de suite rentrer, il faut encore boire entre collègues, broyer sur l'autel de l'entreprise une autre part du peu de vie privée qui reste, même si toutes les tâches ont bien été accomplies en temps et en heure. Ces allers-retours alors, sont des répits. Pendant que le train file au petit matin ou dans la nuit, que les stations défilent sans discontinuer, on reste là à ne rien faire, enfin, bercé par le rythme des rails, les annonces à peine perçues dans le demi-sommeil, les ouvertures et fermetures des portes, l'omniprésence des lumières derrière les paupières. Depuis les wagons le monde entier devient flou. Les corps se relâchent, des têtes endormies viennent involontairement reposer sur des épaules inconnues. Plus personne ne lutte, après tout les nuits...