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Affichage des articles associés au libellé Résidences
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Façade comme un paysage de brume, une large zone de silence dans le brouhaha bricolé des lignes, câbles, tuyaux, fils. Devant le muret de parpaings branlant, un scooter attend, inquiet d'être prisonnier des branchages. Et puis il y a cette curieuse cabine, les modules des climatiseurs, le chat qui évalue l'espace et la situation à sa façon... oreilles mobiles, détectant les moindres mouvements, identifiant les potentielles cachettes et possibilités de fuite. Vélos silencieux à gauche dans l'allée incertaine, sous le bavardage incessant des fenêtres. 
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  Hayata san m'avait laissé ses clefs. Tout était silencieux, les stores baissés. Il faisait une chaleur écrasante. Je marchais à pas feutrés jusqu'à la cuisine pour me servir un verre d'eau et croisais soudain ce grand regard d'insecte. Il était insondable. Visage fendu, sans expression. Le soleil jetait ses rais sur le mur. Souvent je me suis demandé ce que je faisais là. Cet appartement, ce pays, cette terre.  Je pense à ce passage du roman de Wagamese, Les étoiles s'éteignent à l'aube  :  "- Jimmy disait tout le temps que nous étions un Grand Mystère. Tout. Il disait que les choses qu'ils faisaient, ces indiens d'autrefois, c'était rien d'autre que d'apprendre à vivre avec ce mystère. Pas le résoudre, pas s'y attaquer, pas même chercher à le deviner. Juste être avec. J'crois que j'aurais aimé apprendre le secret qui permet de faire ça." J'apprends.  (Richard Wagamese, Les étoiles s'éteignent à l'aube , Ed...
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Une maison unicellulaire. Un compartiment de plus mais sur-mesure, comme une coquille au demeurant très confortable. J'adorais découvrir ce genre d'architectures improbables, innovantes et bien souvent géniales, engoncées au beau milieu des quartiers. La variété des constructions défie toute cohérence. Elle contrarie l'uniformisation monotone à laquelle la plupart des villes est soumise. Créer des espaces habitables sur d'aussi petits terrains est une prouesse. Ici deux étages, une terrasse centrale ouverte sur le ciel, combien de pièces ? Ce qui me frappe cependant, c'est notre besoin compulsif de dessiner des cases, aussi originales soient-elles. Je pense à un roman de Kôbô Abe lu il y a bien longtemps :  L'homme-boîte . Même lorsque nous aspirons à nous échapper, à nous extraire, nous inventons d'autres cases, de nouvelles boîtes. Repli derrière nos murs, parois et paroisses, écrans. Dans nos petites bulles, nous avons perdu de vue l'ouvert.   Ps  : L...
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  Façades incurvées, ondulations de lignes. Un axe vertical avec, de part et d'autre, une diagonale qui s'élance vers le ciel et que l'inclinaison de la toiture vient souligner. Béton brut adouci par les courbes, rehaussé par des fenêtres sombres. Sur les parapets, une succession de petites ouvertures carrées, découpages d'ombres et de lumière créant une rythmique supplémentaire, plus rapide, comme un bref roulement de caisse claire. Constants décalages dans la régularité, bâtiment avant d'être habitat. Seul le balcon à gauche apporte une touche plus vivante mais qui reste discrète, avec les pots de fleurs alignés et, juste en-dessous, de frêles cascades de lierre. Comme souvent, j'aurais aimé pouvoir me projeter à l'intérieur. Derrière la clarté des murs découvrir comment, ici, s'arrange la vie.      
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  Au pied du complexe résidentiel de River City 21 , subsiste un quartier très ancien avec ses canaux, appontements de fortune et bateaux de plaisance. Tsukudajima  a tout d'une chimère. Deux moitiés a priori inconciliables du monde s'y trouvent en tension. Tantôt les tours paraissent peser de tout leur poids sur le quartier, tantôt les bateaux semblent flotter sur elles. En se reflétant dans l'eau, le quadrillage vertical des gratte-ciel perd de sa consistance. Vue d'ici, la bande de végétation forme comme un pli entre les deux strates. Mais davantage qu'une superposition, Tsukudajima crée un intervalle, terreau propice aux histoires et aux rêves. 
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  Un doux bric-à-brac où se côtoient ustensiles, porte-bonheurs, souvenirs. Objets ayant déjà servi un bon millier de fois. Bassine, pinceaux, tuyaux d'arrosage, serviette, brosses en tous genres... rien de précieux mais le temps et l'usage en ont fait des présences familières, leur ont conféré une forme de vie intérieure. Une amulette suspendue, un étrange chat porte-bonheur, un couple de figurines à jamais amoureuses. Placés dans la remise plutôt que mis au rebut, ils continuent malgré tout de compter, à leur manière. Tout en retenue, comme des témoins. Le miroir crée dans l'image une ouverture, mais ce reflet de la rue renvoie aussi au passage du temps, aux gens qui défilent, aux saisons successives. J'imagine le propriétaire. Parfois son regard s'arrête sur l'un de ces objets... c'est alors comme s'il regardait dans un rétroviseur.      
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  Le reflet déformé d'une résidence déjà un peu vieillotte sur la façade de verre d'un immeuble neuf. Fragments répétés mais en constant décalage. Ces grands bâtiments de verre sont dépourvus d'intériorité. Seuls deux néons allumés laissent entrevoir une profondeur sous le quadrillage muet. Le lampadaire à gauche, le haut du panneau de signalisation et le poteau électrique à droite sont les uniques représentants du réel. Tout le reste n'est que mirage.   
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Un ennemi plus redoutable encore que l'oubli. En quinze ans, combien de maisons, immeubles, quartiers réduits à l'état de gravats puis remplacés par des résidences sans histoires et des centres commerciaux sans attrait ? Les souvenirs s'érodent ; parfois des périodes entières s'effondrent sans même que l'on s'en aperçoive. Jusqu'au jour où l'on s'efforce de retrouver tel instant, tel visage autrefois familier, ces présences que l'on croyait éternelles. Impossible de les convoquer à nouveau. Il ne reste plus qu'un amas désordonné de sensations que l'on s'efforce en vain de faire tenir debout. Pourtant nul concasseur à mâchoires dans nos mémoires, pas de spéculation immobilière enragée. Mais du début à la fin nos vies, comme la ville, ne sont qu'un vaste chantier.    

Que ce vécu demeure

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J'ai habité dans un appartement miteux de banlieue, sans douche ni eau chaude. Je l'ai aménagé avec des meubles récupérés dans la rue. Un fauteuil simili cuir usé et sans pieds, posé à même les tatamis. Des étagères dépareillées, une table basse. J'avais aussi installé une petite plante sur le rebord de la fenêtre. Quand le soleil se posait sur elle, son vert étincelait dans toute la pièce comme un enchantement. Les voisins étaient fauchés et peu loquaces. L'un d'eux se raclait continuellement la gorge et crachait parfois bruyamment. De temps à autres quelques cafards se montraient, mais ils n'étaient jamais bien gros. Je me lavais à l'évier, avec un gant. J'ai beaucoup exploré le quartier à pied, à vélo.  J'ai habité dans une Guest House immense où vivaient de jeunes étrangers de tous les pays ainsi qu'une poignée de japonais. Bâtiments décrépits mais toujours propres, chambres de six tatamis, cuisine et sanitaires partagés entre les résidents....
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Une résidence récente en soirée. J'ai voulu prendre la photo à hauteur d'herbes, pour contrecarrer la géométrie implacable de l'immeuble. L'arbre au milieu, solitaire, soutenu par ses poutrelles obliques, en impose par sa présence stable et vénérable. La débauche de lumières derrière lui, sur la façade, crée au contraire une impression d'impermanence, presque de vitesse malgré la succession rectiligne des étages. L'arbre est le témoin des vies qui passent à toute allure dans ce monde éminemment quadrillé et, néanmoins,                                                           flottant. 
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La fenêtre avait immédiatement attiré mon attention. Je voyais ces curieuses guirlandes de fruits séchés pour la toute première fois, incapable d'identifier ce dont il pouvait bien s'agir. Excentricité d'un habitant ? Rituel de sorcellerie ? Simple technique de séchage ? Ce n'est que beaucoup plus tard que j'ai eu l'explication. Le Hoshigaki est une tradition séculaire : celle des kakis séchés. Après avoir été pelés, les fruits sont suspendus à l'extérieur avec leurs pédoncules, à l'aide de ficelles, pendant plusieurs semaines.  Chacune des saveurs que j'ai omis de découvrir me laisse un goût de regret et d'espérance entremêlés.   
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C'était un jour de pluie. La guest house où je vivais alors, habituellement si animée, était plongée dans un calme étrange. Aucun bruit de pas, aucun son de vaisselle ni de cuisine. Pas de fragment de conversation non plus, que ce soit dans une langue ou une autre. Aucun éclat de rire, aucune exclamation ni musique ne filtrait à travers les fines cloisons des chambres. Le sol du couloir était une mer de silence et au fond, ce grand parapluie ouvert se tenait là, comme un fantôme. Un instant j'ai pensé : il n'y a plus personne, même là dehors, nulle part. Comme un enfant qui se réveille soudain sans repère et ne perçoit plus, en lieu et place de tout son monde familier, qu'une grande, une immense absence. Mais je n'ai appelé personne... simplement, je suis retourné prendre l'appareil photo dans ma chambre.    
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Il s'est arrêté pour observer le minuscule îlot de verdure qui fait l'angle. Est-ce un arbuste en particulier qui a attiré son attention, un insecte ? Ce bac à fleurs est comme une proue qui prolonge l'immeuble, étroit navire à jamais à quai dans sa mer de béton. Étroitesse partout. Ruelles, immeuble, espace pour passer, pousser, vivre. Mais je vois une leçon dans ces agencements étriqués : il s'agit de trouver la liberté dans la contrainte, de déployer créativité et inventivité même dans l'espace le plus restreint. C'est ce que font ici les végétaux comme les gens. La plante qui sort en touffe compacte sur le devant du muret en bas, en est peut-être le meilleur exemple. A l'époque à Tôkyô, je fréquentais une salle de concert très petite appelée  Off site . Les voisins s'étaient plaints dès les premières représentations des nuisances sonores, obligeant les musiciens à jouer à un niveau très faible. De cette contrainte est né un courant musical, l' On...
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Faire un pas de côté, s'éloigner des avenues et grands boulevards. Ce n'est pas dans les artères des villes que coule leur substance vitale, mais dans les petites ruelles, les quartiers reculés. Le cœur est en périphérie, pas dans les centres aseptisés faisant office de vitrines. Ici la petite maison où la dame est en train de monter, par un escalier extérieur (presque une échelle !), me fait penser à une cabane perchée dans les arbres. En bas, un joyeux bazar destiné à l'entretien des fleurs et des plantes, présentes un peu partout en abondance. La rue ressemble à un jardin collectif. Au premier plan, comme une aire de pique-nique où les habitants peuvent s'installer, discuter de tout et de rien, passer le temps à l'ombre du parasol et des arbres. La ville a pris des allures de village.  Dans son grand livre-monde, London Orbital , Iain Sinclair écrit :  "Je trouvais le terme fugueur beaucoup plus attirant que le désormais usé flâneur. [...] Fugueur était une ...
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En voyant cette photo, je me suis souvenu de ce fragment d'un journal que j'écrivais de loin en loin, sans jamais la moindre indication de date : "Le nombre de résidences portant un nom français est curieusement élevé dans les parages. J’habite moi-même à Fort Résidence . Il est vrai que le bâtiment donne l’impression d’une sorte de forteresse de béton. Mais parfois, certains noms d’immeubles sont incroyablement poétiques : Demeure Espoir  et Prendre K  font partie de mes favoris. Prendre K  pourrait être le titre d’un roman ( Le K est déjà le titre d'une magnifique nouvelle de Dino Buzzati)… Prendre K  est plein de mystère. Et aussi  Amour takumi , à quelques rues de là." Le roman commencerait ainsi : J'ai su, dès l'instant où j'ai emménagé dans mon petit appartement à Prendre K , que ce lieu allait avoir, ou plutôt exercer dans ma vie une grande influence. Je ne me doutais pas encore à quel point. Toutes ces allées et venues pour monter les cartons....
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  Comme j'aimais me promener, au hasard, dans ces petits quartiers modestes aux demeures hétéroclites ! Que disent-elles ces étranges lignes blanches qui courent sur la façade ? J'imagine qu'un immeuble attenant a été détruit et que ces tracés sont tout ce qu'il en reste. Le tracé d'habitations fantômes. La division entre six pièces distinctes apparaît clairement, mais d'autres lignes et fragments sont bien plus difficilement explicables. Les sortes de croix au centre, sont-elles la marque d'un ancien escalier ? Y avait-il, à gauche, une gouttière ? Les fils électriques et les antennes prolongent dans le ciel ces maladroites calligraphies du passé. À mes yeux, elles font de cet immeuble un véritable monument. ps : Sur la petite porte en bas à droite, un message laissé à l'attention des conducteurs de véhicules à moteur. " Engin fukasuna / shizuka ni shitekure " : "Merci de faire moins de bruit au démarrage..."