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Les renseignements apparaissent peu à peu. J'aime sa main tendue devant le rideau. Son application. Perché sur son escabeau, il doit aussi veiller à garder l'équilibre. Il est absorbé, tout entier dans le présent. L'abondance de lignes horizontales est brisée par sa silhouette et par la noirceur des caractères qu'il appose. D'ordinaire, on passe devant eux comme s'ils faisaient depuis toujours partie du décor. Qui a déjà vu ce travail en train d'être réalisé ? C'est peut-être ce qui donne à la photo toute sa valeur. 
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  Laisser une trace, là, n'importe où. Marquer l'amour qui se sent à l'étroit dans ta poitrine. Il faudrait le hurler à tout bout de champ, clamer combien il te réclame tout entier, à chaque instant, mais c'est impossible. Il faudrait l'inscrire non pas sur ta peau comme tu le fais parfois en classe, mais dans ta peau comme un tatouage. Seulement pour ça tu n'as pas l'âge. Alors un pan de mur pourquoi pas. Avec les moyens du bord tu en laisses la trace à la sauvette : vos prénoms, un  cœur  qui les entoure et les relie pour toujours. Au milieu des colères ou des moqueries que d'autres ont jetées là, tu graves ce qui te comble et t'encombre tant.  Tu ne le sais pas encore, mais huit jours plus tard tu reviendras devant ce secret confié maladroitement au mur et au monde, pour le rayer rageusement.          
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  Le kanji de l'enfance. Passé, altéré, effacé par endroits... mais encore visible, lisible. L'enfance ne peut s'en aller tout à fait. Elle perdure, part en lambeaux mais sa marque demeure, en creux. Comme une série de gestes, un rythme, un tracé. 
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Un paquet de cigarettes abandonné sur le sable. Appeler une marque de tabac "Espoir"... ironie d'un marketing effréné. Mais l'histoire de la marque fait émerger des éléments de compréhension plus subtils. "Hope" a été lancée en 1957, alors que le pays est dans une phase de reconstruction économique où l'optimisme est à nouveau de mise. Modernisation, croissance, espoir national d'un avenir meilleur et d'une prospérité retrouvée. "Hope", un nom anglais pour marquer plus encore ce tournant, qui est aussi une ouverture. Le logo associé représente un arc tendu (qui a aussi des allures d'éventail). Une flèche pointant vers le haut, déjà prête à atteindre sa cible. Un élan international porté par les traditions ancestrales : le tir à l'arc, sa discipline et sa noblesse. Des valeurs auxquelles la marque a habilement mêlé la symbolique de l'arc de Cupidon : attirance, désir, amour.  Mais sur la plage, la flèche a perdu sa cible. L...
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  Quelques notes d'un jour sombre, avalé par la nuit :  "Je me fais coiffer dans un salon tendance par un jeune homme aux cheveux décolorés, à la peau cramoisie par des séances d’UV trop fréquentes. Entre deux compliments, d’une voix douce il s’étonne de la longueur de mon nez. Il me parle de Paris, la mode, tout ça… Non, je ne viens pas de Paris mais de Lyon, la cuisine, tout ça… Au supermarché un vieillard éméché me prend pour un américain. Je l’entends dire toutes sortes d’insanités dans mon dos, à la caissière et aux autres clients qui font semblant de ne pas l’entendre. Minuit depuis peu. Rien ne va plus. Je sirote une « Tokyo Black » en écoutant Tuli Kupferberg sur Youtube. Tokyo noir. Sentiment que je ne fais rien de bon. Tokyo noir. Trou noir."
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En voyant cette photo, je me suis souvenu de ce fragment d'un journal que j'écrivais de loin en loin, sans jamais la moindre indication de date : "Le nombre de résidences portant un nom français est curieusement élevé dans les parages. J’habite moi-même à Fort Résidence . Il est vrai que le bâtiment donne l’impression d’une sorte de forteresse de béton. Mais parfois, certains noms d’immeubles sont incroyablement poétiques : Demeure Espoir  et Prendre K  font partie de mes favoris. Prendre K  pourrait être le titre d’un roman ( Le K est déjà le titre d'une magnifique nouvelle de Dino Buzzati)… Prendre K  est plein de mystère. Et aussi  Amour takumi , à quelques rues de là." Le roman commencerait ainsi : J'ai su, dès l'instant où j'ai emménagé dans mon petit appartement à Prendre K , que ce lieu allait avoir, ou plutôt exercer dans ma vie une grande influence. Je ne me doutais pas encore à quel point. Toutes ces allées et venues pour monter les cartons....
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  Comme j'aimais me promener, au hasard, dans ces petits quartiers modestes aux demeures hétéroclites ! Que disent-elles ces étranges lignes blanches qui courent sur la façade ? J'imagine qu'un immeuble attenant a été détruit et que ces tracés sont tout ce qu'il en reste. Le tracé d'habitations fantômes. La division entre six pièces distinctes apparaît clairement, mais d'autres lignes et fragments sont bien plus difficilement explicables. Les sortes de croix au centre, sont-elles la marque d'un ancien escalier ? Y avait-il, à gauche, une gouttière ? Les fils électriques et les antennes prolongent dans le ciel ces maladroites calligraphies du passé. À mes yeux, elles font de cet immeuble un véritable monument. ps : Sur la petite porte en bas à droite, un message laissé à l'attention des conducteurs de véhicules à moteur. " Engin fukasuna / shizuka ni shitekure " : "Merci de faire moins de bruit au démarrage..."