Un grand corbeau s'est mis à croasser bruyamment juste au moment où je passais. Son plumage noir, comme un parfait coup de pinceau, a dessiné dans l'air une grande ellipse, puis il a disparu. Sous mes pas, un chemin de sable et de roche jonché de pétales. Chacun d'eux, me disais-je, pourrait correspondre à un moment de ma vie. Passé en un clin d' œil , encore présent pour un temps mais confusément mêlé à tant d'autres, il se désagrège sans bruit. Tous, finiront par se résorber dans la terre, réduits à... rien. Mais la rangée de statues et de stèles m'invite à prendre en considération d'autres devenirs. Leur façon d'incorporer le lichen, la poussière, les craquelures, l'ombre et la lumière dispensées par les arbres alentour, ainsi que l'usure de la pluie. L'érosion, en leur présence, devient garante de beauté. La statuette à leur pied (un Rakan ?), semble l'attester. Pieds nus, drapé de sa robe, avec un air de profond contentement il cont...
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Bien campé sur ses pattes avant, digne, le corps à la fois massif et élancé, il veille. Capte les variations les plus ténues à une vitesse fulgurante. L'œil aussi acéré que les crocs, les oreilles béantes, tendues vers l'invisible, la queue ample et soyeuse dressée telle un signal. Sa vivacité immobile tantôt se détache du feuillage, tantôt se confond avec lui. Dans sa gueule perspicace il protège une perle, âme ou énergie surnaturelle. Son imposante stature, si ce n'est menaçante du moins intimidante, est atténuée par la présence du bavoir. Marque d'attention et de respect à son égard, il met Renard en relation, faisant de lui un intermédiaire entre sauvage, humain et divin. Des craquelures commencent à donner à son dos un air de carapace. Juste derrière l'enchevêtrement de branches, déjà, de banals immeubles où le mystère se perd. Inopinément il peut néanmoins resurgir, à tout moment.
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Sur la photo, elle capte immédiatement le regard mais dans la rue, personne ne la voit. Sa posture entre repli et ouverture, d'une douceur peut-être un peu triste, trace une diagonale que l'homme au téléphone prolonge. Indifférents l'un à l'autre, ils se font néanmoins étrangement écho. Deux univers que tout oppose cohabitent un instant sur une même ligne : elle rêveuse, lui affairé ; elle jeune, lui vieillissant ; elle à demi-nue, lui en costume, mallette chargée de dossiers. Derrière, les passants forment un contraste similaire entre générations. La boutique d' amaguri , spécialité de châtaignes grillées, n'aura sans doute pas fait florès ce jour-là. C'était peut-être à Yokohama...
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Nous avons grand besoin de figures humbles et désarmantes. De mythes qui nous relient au vivant et nous rendent plus sensibles à ses manifestations, des plus évidentes aux plus infimes. Ce qui est modeste n'est pas exempt de mystère et de magie. Ces statuettes ne sont pas juste mignonnes : elles nous relient à plus grand que nous. Elles nous rappellent, non sans malice, qu'il ne faut jamais trop se prendre au sérieux (la sagesse rend souvent facétieux). A qui veut bien l'entendre, elles livrent un secret oublié : "invisible" et "absent" ne sont pas équivalents. Elles atténuent ainsi notre peine, apaisent notre chagrin. Puissions-nous cette année être plus attentifs à tout ce qui nous échappe et nous rapproche, à ce qui véritablement nous anime. Oui, plus que jamais en ce monde, nous avons besoin de figures désarmantes.