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Affichage des articles associés au libellé Errances
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  J'entends le bruit de mes pas. Plus j'avance, plus les murs semblent se resserrer sur moi. Les fenêtres grillagées sont menaçantes, les néons interrogateurs m'examinent froidement au passage. La paroi de tôle rouillée à droite est imposante, ses lignes verticales penchent dangereusement vers mon côté. La bouche d'égout brille comme un œil étrange en plein milieu du passage. Il faudra la contourner soigneusement. Mon pas est mal assuré, je jette des regards à droite, à gauche, avec l'impression que les bâtiments mêmes se donnent le mot quant à ma présence. Au fond, le couloir dévie vers la gauche, j'ai le sentiment qu'il se prolongera indéfiniment. J'ai dû ramener cette photo d'un rêve, j'ai dû la prendre dans mon sommeil.   
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Il feint de ne pas me voir, de regarder ailleurs. Il feint la désinvolture mais en réalité le félin est attentif aux moindres de mes gestes. Difficile de ne pas voir en lui un gardien, à l'instar des statues qui jaugent, d'un œil alerte et sévère, les visiteurs des temples. Un morceau de son oreille gauche, tout en haut, a été arraché, des batailles ont été livrées. Les stries de son pelage entrent en résonance avec les éclats de lumière sur les marches. Komorebi étrange, découpé en strates comme un collage .   Malgré ma photo impudente, il daignera m'accorder le passage. 
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La périphérie sans histoire s'est drapée de nuit, plus rien à présent n'est tout à fait conforme. Il suffit que la normalité recule d'un pas et le réel se contorsionne. Dans la semi-obscurité, chaque façade, jardin, cour d'immeuble ou parking est un rébus. Les résidences sont comme de grands aquariums opaques et, parmi les humains assoupis, frayent quantité d'autres créatures. Avancer sous le regard vide des fenêtres éteintes et sentir qu'en dépit des apparences, plus rien n'est inerte dans la rue. Quelques lumières falotes, accrochées ça et là, accentuent la viscosité de l'ombre. Sous un néon dégoulinant, je photographie une chrysalide dont l'émergence est imminente.    
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  Il y a les lignes au sol et les lignes au ciel. Tumultueuses et muettes. Entrelacs confus, espaces habitables réduits à peau de chagrin. Au lieu de prendre place, le vivant se faufile. La ville, sans cesse, se resserre sur lui pour mieux s'étendre. Dans la ruelle à droite, une voiture est en approche. Pas quelqu'un ! Alors bien souvent je ne sais plus. Si je me trouve dans une trame tissée de trajectoires et relations, ou empêtré dans un fatras de lignes qui entravent. Mais dans ce bâtiment si étroit, d'autres espaces s'inventent sans doute, à l'insu de tous. Et moi aussi, en arpentant les rues au hasard, j'échappe peut-être à ce piège qui s'étend.    
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Passage étroit entre une vieille rambarde et une palissade de béton. Qui a disposé là toutes ces plantes ? On dirait que la nature a commencé à franchir la barrière. Au fond, juste après le tournant, une personne s'est arrêtée. Pour observer une fleur peut-être, ou un insecte. Au premier plan, l'affiche décollée laisse apparaître un visage déformé au regard inquiétant. Juste à côté on peut lire : "O saki ni douzo" : "après vous" ou "allez-y, je vous en prie". Qui a tendu ce piège ? Je suis toujours un enfant. Mon quotidien est émaillé d'enchantements et de monstres, d'indices et de présences. L'ordinaire me touche, extraordinairement.   
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  Il y avait quantité de stations, de petites gares ayant toutes leurs spécificités. Je voudrais pouvoir tout retrouver. Que tout soit là : le hors-champ de mes photos. Les sons, les odeurs...  A quoi ressemblaient-ils ces bâtiments qui projettent ici leur ombre étrange sur le grand mur de la voie ferrée ? Quelles gares reliait cette ligne ? J'aimerais me souvenir de tout : le visage du jeune homme qui approche à vélo, celui de l'homme en noir qui marche derrière, tout au fond. Mais je n'ai pas assez photographié, pas suffisamment noté, enregistré, consigné. On ne peut pas simultanément se laisser porter par l'instant, accueillir tout ce qui se présente et mémoriser avec précision les dates, les lieux, les trajets. La porosité et l'ouverture forment une mémoire diffuse, mais terriblement lacunaire. Il ne me reste que des bribes  —  rencontres fortuites, sensations passagères. Le panneau au premier plan est celui d'une agence immobilière : magasins, terrains, app...
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  C'était un samedi, en juillet. Je longeais un petit canal pendant plus d’une heure et faisais ce curieux inventaire, a priori peu ragoûtant : "D’énormes carpes luisantes, des usines, des maisons sans aucun charme, quelques baraques abandonnées en train de pourrir, un tas de clous rouillés, un vieux bidon d'huile faisant office de table, un cendrier rempli de mégots, des gants usés invitant à lire un magazine de mode défraîchi intitulé... PQ (pour Princess Queen , évidemment)." Et pourtant... j'étais heureux de toutes mes "trouvailles". "Parti de Musashi-Kosugi pour finalement rejoindre Mizunokuchi . Je prends le train pour rentrer."
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Dans mon journal ce jour-là, j'écrivais : "Une journée avec Kuriyama san, artiste dessinateur et photographe, à se promener près de Kamakura. Le principe de notre escapade : acheter un billet valable une journée entière sur la petite ligne de train Enoden, qui relie Kamakura à Fujisawa, et s’arrêter au hasard, au gré de nos envies, pour explorer les environs des petites gares. Entre Kamakura et Fujisawa il y en a 13 exactement, et je crois que nous sommes parvenus à les découvrir presque toutes ! Beaucoup se trouvent le long de la côte, à deux pas de la mer. La première station où nous nous sommes arrêtés est Hase, juste après Kamakura. Nous avons marché jusqu’à une plage de sable gris, avec de vieilles baraques de pêcheurs toutes branlantes, détonnant singulièrement avec le côté "station balnéaire" des bâtiments alentours. Là, assis sur une vieille charrette servant probablement à transporter des caisses de poissons, nous avons discuté un moment. Récemment un ami de...
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  Je voulais échapper aux représentations martelées, stéréotypées. Aux images touristiques et publicitaires. Je voulais me défaire d'un certain exotisme pour m'attacher aux choses sans importance. Je voulais m'imprégner du réel, tel qu'il se présentait. Je m'efforçais de ne rien attendre. Tout, alors, était susceptible de faire événement. Une situation banale, la lumière sur un être, un bâtiment ou un objet. Il ne s'agissait pas de voir au-delà des apparences, mais de voir comment les choses apparaissent. Cependant, s'affranchir des points de vue, des façons d'être et catégorisations du langage n'est pas une mince affaire et quoi qu'il en soit, ceci non plus n'est pas le Japon.  
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  Comme j'aimais me promener, au hasard, dans ces petits quartiers modestes aux demeures hétéroclites ! Que disent-elles ces étranges lignes blanches qui courent sur la façade ? J'imagine qu'un immeuble attenant a été détruit et que ces tracés sont tout ce qu'il en reste. Le tracé d'habitations fantômes. La division entre six pièces distinctes apparaît clairement, mais d'autres lignes et fragments sont bien plus difficilement explicables. Les sortes de croix au centre, sont-elles la marque d'un ancien escalier ? Y avait-il, à gauche, une gouttière ? Les fils électriques et les antennes prolongent dans le ciel ces maladroites calligraphies du passé. À mes yeux, elles font de cet immeuble un véritable monument. ps : Sur la petite porte en bas à droite, un message laissé à l'attention des conducteurs de véhicules à moteur. " Engin fukasuna / shizuka ni shitekure " : "Merci de faire moins de bruit au démarrage..."