Passage étroit entre une vieille rambarde et une palissade de béton. Qui a disposé là toutes ces plantes ? On dirait que la nature a commencé à franchir la barrière. Au fond, juste après le tournant, une personne s'est arrêtée. Pour observer une fleur peut-être, ou un insecte. Au premier plan, l'affiche décollée laisse apparaître un visage déformé au regard inquiétant. Juste à côté on peut lire : "O saki ni douzo" : "après vous" ou "allez-y, je vous en prie". Qui a tendu ce piège ? Je suis toujours un enfant. Mon quotidien est émaillé d'enchantements et de monstres, d'indices et de présences. L'ordinaire me touche, extraordinairement.
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
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