Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver.
Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force :
“Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes.”*
Ceci n’est pas le Japon mais, je l’espère, un tissu d’ombres vivantes créé par l’alliance entre les images et l’écriture. Ombres et lumières d’un passé en recomposition permanente.
Ceci n’est pas le Japon car toute affirmation sur un pays est réductrice, biaisée, voire fallacieuse. J’ai pourtant bien souvent entendu des propos débuter par “le Japon est…”, “les Japonais sont…”, suivis de clichés et d’opinions empreints d’exotisme. Le titre de ce blog est aussi un pied de nez à ces idées toutes faites.
Ma première grande leçon sur l’exotisme, je l’ai reçue en Australie, à 18 ans. Je rencontrai un jeune artiste contemporain qui me fit découvrir ses œuvres. Il était “aborigène”. J’attendais qu’il me parle de sa connexion avec le “temps du rêve” et des “traditions de son peuple”, il attendait que je regarde véritablement ses œuvres où, nulle part, il n’était question de tout cela. Il m’a vite remis les idées en place et je lui en suis profondément reconnaissant. Dès lors qu’ils cherchent à se faire une place dans ce monde qui leur a été imposé, ils sont violemment relégués à une identité et à une origine fantasmées. On dit que leurs créations manquent d’”authenticité”, c’est en réalité tout le contraire.
Pour autant, l’exotisme n’est pas quelque chose dont on peut facilement se défaire. Nous voyons toujours à travers des prismes, depuis des points de vue plus ou moins déterminés. Vivre un temps au Japon m’aura donné plus tard bien d’autres leçons en la matière.
Je me replonge dans ces images un peu comme dans un vieil album de photos de famille, avec une même prise de conscience étonnée de tout le temps écoulé. Contrairement aux proches bien sûr, impossible de savoir ce que sont devenus ces lieux, ces quelques passants, ruelles et bâtiments : lesquels sont aujourd’hui méconnaissables ou n’existent plus, lesquels n’ont au contraire pas pris une ride. Quoi qu’il en soit, ils m’accompagnent encore.
Des rêves et des archives, un tissu d’ombres vivantes : c’est tout ce que j’ai ici à proposer.
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