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Affichage des articles du février, 2026
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J'aime beaucoup cette image. La démarcation des espaces par la lumière et les matières. Les vieux pavés irréguliers que le regard arpente jusqu'à la dame au loin. Sa silhouette rend le portique du sanctuaire monumental. Un torii à moitié caché par le feuillage des arbres, si bien qu'il semble en émaner ou retourner à son état primordial. La brèche de lumière trace elle aussi un chemin, de biais, pour souligner la présence discrète du chat. Il semble attendre. La photo est un intervalle suspendu. Un champ de relations entre les lignes, les êtres, l'ombre et la clarté presque aveuglante, le sanctuaire et la rue. Il y a ici un rythme, une respiration. Tout est en suspens mais rien n'est figé. Si je devais donner un titre à cette image, ce serait sans doute : "Entre".  
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Un paquet de cigarettes abandonné sur le sable. Appeler une marque de tabac "Espoir"... ironie d'un marketing effréné. Mais l'histoire de la marque fait émerger des éléments de compréhension plus subtils. "Hope" a été lancée en 1957, alors que le pays est dans une phase de reconstruction économique où l'optimisme est à nouveau de mise. Modernisation, croissance, espoir national d'un avenir meilleur et d'une prospérité retrouvée. "Hope", un nom anglais pour marquer plus encore ce tournant, qui est aussi une ouverture. Le logo associé représente un arc tendu (qui a aussi des allures d'éventail). Une flèche pointant vers le haut, déjà prête à atteindre sa cible. Un élan international porté par les traditions ancestrales : le tir à l'arc, sa discipline et sa noblesse. Des valeurs auxquelles la marque a habilement mêlé la symbolique de l'arc de Cupidon : attirance, désir, amour.  Mais sur la plage, la flèche a perdu sa cible. L...
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  Quelques notes d'un jour sombre, avalé par la nuit :  "Je me fais coiffer dans un salon tendance par un jeune homme aux cheveux décolorés, à la peau cramoisie par des séances d’UV trop fréquentes. Entre deux compliments, d’une voix douce il s’étonne de la longueur de mon nez. Il me parle de Paris, la mode, tout ça… Non, je ne viens pas de Paris mais de Lyon, la cuisine, tout ça… Au supermarché un vieillard éméché me prend pour un américain. Je l’entends dire toutes sortes d’insanités dans mon dos, à la caissière et aux autres clients qui font semblant de ne pas l’entendre. Minuit depuis peu. Rien ne va plus. Je sirote une « Tokyo Black » en écoutant Tuli Kupferberg sur Youtube. Tokyo noir. Sentiment que je ne fais rien de bon. Tokyo noir. Trou noir."
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  La posture est belle, détachée. Le banc et la balustrade, massifs et robustes, rendent sa silhouette un peu frêle. Et pourtant il s'accorde à merveille avec ce bois élimé par le temps et l'usage. Une telle nonchalance est rare en public. Le privilège de l'âge. Dans le regard flotte peut-être une certaine fatigue résignée. Il semble imperturbable : encore un jour qu'il laisse doucement s'écouler au son du canal. Le chapeau de biais lui donne une touche d'élégance désinvolte. Le port des gants instaure quant à lui un mystère des mains. Le saule forme au-dessus comme une alcôve. Entre la souplesse aérienne du jeune feuillage et la pesanteur du bois ancien, le vieil homme est un parfait intermédiaire. Une présence en creux et en reliefs. 
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Deux scènes qui se déroulent en parallèle. Les dames à gauche auront-elles finalement trouvé chaussure à leur pied ? "2000 yens, si la taille convient, c'est vraiment une bonne affaire !" peut-on lire sur l'affichette. J'aime la composition de cette image. Les lignes de fuite et de démarcation, la multiplicité des formes et des textures : cette armada dépareillée de souliers et de sandales, tous ces carrés, ces rayures... et la douceur des silhouettes humaines. En particulier celle de cette femme à droite, qui descend les marches vers le métro. Où se rendait-elle ? Qu'est-ce qui se joue ici et nous échappe, comme à chaque instant de nos vies ?  Pour un moment, laissons-nous aller dans leurs pas. 
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  Dans le film La beauté du geste (titre original : Keiko, me wo sumasete *), Shô Miyake nous invite à suivre Keiko, une jeune femme malentendante qui pratique la boxe et vient de passer professionnelle. Le film est inspiré de l’autobiographie de la boxeuse Keiko Ogasawara. Keiko n’est pas vraiment adaptée à la grande ville, et inversement. Les gens y vont et viennent toujours trop vite, sans tenir compte des uns des autres. La ville est un faisceau de codes, d’obligations et de signaux, dont beaucoup sont sonores et lui demeurent imperceptibles. Elle cohabite dans un appartement de banlieue avec son petit frère musicien, doux rêveur un peu négligeant, mais qui reste attentionné à sa manière. Son emploi de femme de ménage dans un hôtel lui confère une certaine autonomie, et lui permet de consacrer son temps libre à l’entraînement.  La boxe est pour elle un ancrage, tout comme le vieux club où elle pratique. Un lieu où elle peut enfin s’accorder, être au monde sans souffrir de...
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  Il y avait quantité de stations, de petites gares ayant toutes leurs spécificités. Je voudrais pouvoir tout retrouver. Que tout soit là : le hors-champ de mes photos. Les sons, les odeurs...  A quoi ressemblaient-ils ces bâtiments qui projettent ici leur ombre étrange sur le grand mur de la voie ferrée ? Quelles gares reliait cette ligne ? J'aimerais me souvenir de tout : le visage du jeune homme qui approche à vélo, celui de l'homme en noir qui marche derrière, tout au fond. Mais je n'ai pas assez photographié, pas suffisamment noté, enregistré, consigné. On ne peut pas simultanément se laisser porter par l'instant, accueillir tout ce qui se présente et mémoriser avec précision les dates, les lieux, les trajets. La porosité et l'ouverture forment une mémoire diffuse, mais terriblement lacunaire. Il ne me reste que des bribes  —  rencontres fortuites, sensations passagères. Le panneau au premier plan est celui d'une agence immobilière : magasins, terrains, app...