Il faut bien repartir, se résoudre à quitter l'îlot sacré. Repasser par la succession de portiques sous le regard sourcilleux du komainu , abandonner le couvert des arbres pour retrouver le royaume du béton. Je m'attarde quelques instants encore, me perd dans le pelage parcouru de courants, flots et remous de la créature fantastique. Les végétaux et leurs ombres, les roches qui se contorsionnent, les oiseaux... présence de présences de présences...
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Affichage des articles du juillet, 2026
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Couloir au plafond dépecé, entrailles mises à nu. Inversion dans l'ordre du monde : la ville prend corps, veines artères et tripes exposées tandis que les gens avancent, visages inexpressifs, pas qui résonnent comme des métronomes. Il faudrait pouvoir prendre la porte à gauche comme on prend la tangente. La porte à gauche est peut-être une issue. De secours.
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Laisser une trace, là, n'importe où. Marquer l'amour qui se sent à l'étroit dans ta poitrine. Il faudrait le hurler à tout bout de champ, clamer combien il te réclame tout entier, à chaque instant, mais c'est impossible. Il faudrait l'inscrire non pas sur ta peau comme tu le fais parfois en classe, mais dans ta peau comme un tatouage. Seulement pour ça tu n'as pas l'âge. Alors un pan de mur pourquoi pas. Avec les moyens du bord tu en laisses la trace à la sauvette : vos prénoms, un cœur qui les entoure et les relie pour toujours. Au milieu des colères ou des moqueries que d'autres ont jetées là, tu graves ce qui te comble et t'encombre tant. Tu ne le sais pas encore, mais huit jours plus tard tu reviendras devant ce secret confié maladroitement au mur et au monde, pour le rayer rageusement.
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Il feint de ne pas me voir, de regarder ailleurs. Il feint la désinvolture mais en réalité le félin est attentif aux moindres de mes gestes. Difficile de ne pas voir en lui un gardien, à l'instar des statues qui jaugent, d'un œil alerte et sévère, les visiteurs des temples. Un morceau de son oreille gauche, tout en haut, a été arraché, des batailles ont été livrées. Les stries de son pelage entrent en résonance avec les éclats de lumière sur les marches. Komorebi étrange, découpé en strates comme un collage . Malgré ma photo impudente, il daignera m'accorder le passage.
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Je me souviens avoir vu une personne relativement âgée gravir ces escaliers d'un pas lent mais obstiné. Puis les descendre. Les remonter, les redescendre, les remonter... sans jamais se tenir à la rampe. Rituel, promesse ou peut-être simple exercice patiemment accompli. La force tranquille des arbres semblait soutenir son effort. Ils émergent directement des dalles comme des colonnes puis se déploient, s'étoffent, jouent avec la lumière, accompagnent chaque pas de leur bruissement. En bas des escaliers à droite, un Hokora , un sanctuaire miniature comme il y en a tant. Je rêvais d'en dresser une cartographie, de visualiser leur répartition dans l'espace. Je les imaginais former un véritable réseau invitant à des trajectoires nouvelles. Le sanctuaire en haut n'est pas connu. À maintes reprises pourtant, j'ai moi aussi emprunté ces marches.