Quelques notes d'un jour sombre, avalé par la nuit : "Je me fais coiffer dans un salon tendance par un jeune homme aux cheveux décolorés, à la peau cramoisie par des séances d’UV trop fréquentes. Entre deux compliments, d’une voix douce il s’étonne de la longueur de mon nez. Il me parle de Paris, la mode, tout ça… Non, je ne viens pas de Paris mais de Lyon, la cuisine, tout ça… Au supermarché un vieillard éméché me prend pour un américain. Je l’entends dire toutes sortes d’insanités dans mon dos, à la caissière et aux autres clients qui font semblant de ne pas l’entendre. Minuit depuis peu. Rien ne va plus. Je sirote une « Tokyo Black » en écoutant Tuli Kupferberg sur Youtube. Tokyo noir. Sentiment que je ne fais rien de bon. Tokyo noir. Trou noir."
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Dans mon journal ce jour-là, j'écrivais : "Une journée avec Kuriyama san, artiste dessinateur et photographe, à se promener près de Kamakura. Le principe de notre escapade : acheter un billet valable une journée entière sur la petite ligne de train Enoden, qui relie Kamakura à Fujisawa, et s’arrêter au hasard, au gré de nos envies, pour explorer les environs des petites gares. Entre Kamakura et Fujisawa il y en a 13 exactement, et je crois que nous sommes parvenus à les découvrir presque toutes ! Beaucoup se trouvent le long de la côte, à deux pas de la mer. La première station où nous nous sommes arrêtés est Hase, juste après Kamakura. Nous avons marché jusqu’à une plage de sable gris, avec de vieilles baraques de pêcheurs toutes branlantes, détonnant singulièrement avec le côté "station balnéaire" des bâtiments alentours. Là, assis sur une vieille charrette servant probablement à transporter des caisses de poissons, nous avons discuté un moment. Récemment un ami de...
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Aujourd'hui pas de photo mais un fragment de journal, comme la preuve que je n'ai pas rêvé. "Un couple d'artistes avec qui je me suis lié d'amitié m'emmène découvrir un de ces lieux atypiques dont ils ont le secret. Nous grimpons sur le toit d’un immeuble, juste au-dessus d’un club pas très net appelé « Pure ». Les dernières marches, permettant d’accéder au toit, sont plus étroites. De subtils arrangements floraux en plastique décorent la cage d’escalier. Une lourde porte en fer s’ouvre sur un jardin en plein air. De vraies plantes cette fois, dont l’emplacement semble avoir été choisi avec soin. Un passage de graviers et de pierres mène à une sorte de cabane en bois, d’où émane une lumière douce. Bien sûr, il faut se déchausser avant d’entrer. Un homme d’une cinquantaine d’années nous accueille dans une pièce minuscule. Sur la droite, des ustensiles pour la cérémonie du thé sont disposés de telle manière qu’ils paraissent avoir été là de toute éternité, comme ...
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En voyant cette photo, je me suis souvenu de ce fragment d'un journal que j'écrivais de loin en loin, sans jamais la moindre indication de date : "Le nombre de résidences portant un nom français est curieusement élevé dans les parages. J’habite moi-même à Fort Résidence . Il est vrai que le bâtiment donne l’impression d’une sorte de forteresse de béton. Mais parfois, certains noms d’immeubles sont incroyablement poétiques : Demeure Espoir et Prendre K font partie de mes favoris. Prendre K pourrait être le titre d’un roman ( Le K est déjà le titre d'une magnifique nouvelle de Dino Buzzati)… Prendre K est plein de mystère. Et aussi Amour takumi , à quelques rues de là." Le roman commencerait ainsi : J'ai su, dès l'instant où j'ai emménagé dans mon petit appartement à Prendre K , que ce lieu allait avoir, ou plutôt exercer dans ma vie une grande influence. Je ne me doutais pas encore à quel point. Toutes ces allées et venues pour monter les cartons....