Articles

Affichage des articles associés au libellé Nuit
Image
  J'entends le bruit de mes pas. Plus j'avance, plus les murs semblent se resserrer sur moi. Les fenêtres grillagées sont menaçantes, les néons interrogateurs m'examinent froidement au passage. La paroi de tôle rouillée à droite est imposante, ses lignes verticales penchent dangereusement vers mon côté. La bouche d'égout brille comme un œil étrange en plein milieu du passage. Il faudra la contourner soigneusement. Mon pas est mal assuré, je jette des regards à droite, à gauche, avec l'impression que les bâtiments mêmes se donnent le mot quant à ma présence. Au fond, le couloir dévie vers la gauche, j'ai le sentiment qu'il se prolongera indéfiniment. J'ai dû ramener cette photo d'un rêve, j'ai dû la prendre dans mon sommeil.   
Image
Un autre monstre nocturne. Un cyclope géant émergeant de terre, fixant le monde de son œil rond dépourvu de paupière. Chevelure blanche épaisse et dense. Je m'accroupis et reste là silencieux, immobile, ne parvenant à déterminer si cet œil englobe le monde, l'aspire ou se laisse juste traverser. Je m'attends à ce que la terre tremble et que les vieux pavés se disloquent. Mais tout reste en place et je me trouve hors du temps, devant un mythe vivant.  J'apprendrai plus tard qu'il s'agit d'un rocher troué, paré de milliers de papiers votifs. Après avoir inscrit son souhait sur l'un d'eux, il faut passer à travers le trou pour se défaire des liens néfastes, mauvais penchants et addictions. Puis faire le chemin inverse pour s'attirer de nouveaux attachements plus bénéfiques. Le papier est ensuite accroché au rocher, qui porte ainsi la trace d'innombrables ruptures et engagements.  Enkiri , Enmusubi : couper et nouer. Le rituel est une action per...
Image
La périphérie sans histoire s'est drapée de nuit, plus rien à présent n'est tout à fait conforme. Il suffit que la normalité recule d'un pas et le réel se contorsionne. Dans la semi-obscurité, chaque façade, jardin, cour d'immeuble ou parking est un rébus. Les résidences sont comme de grands aquariums opaques et, parmi les humains assoupis, frayent quantité d'autres créatures. Avancer sous le regard vide des fenêtres éteintes et sentir qu'en dépit des apparences, plus rien n'est inerte dans la rue. Quelques lumières falotes, accrochées ça et là, accentuent la viscosité de l'ombre. Sous un néon dégoulinant, je photographie une chrysalide dont l'émergence est imminente.    
Image
  Quelques notes d'un jour sombre, avalé par la nuit :  "Je me fais coiffer dans un salon tendance par un jeune homme aux cheveux décolorés, à la peau cramoisie par des séances d’UV trop fréquentes. Entre deux compliments, d’une voix douce il s’étonne de la longueur de mon nez. Il me parle de Paris, la mode, tout ça… Non, je ne viens pas de Paris mais de Lyon, la cuisine, tout ça… Au supermarché un vieillard éméché me prend pour un américain. Je l’entends dire toutes sortes d’insanités dans mon dos, à la caissière et aux autres clients qui font semblant de ne pas l’entendre. Minuit depuis peu. Rien ne va plus. Je sirote une « Tokyo Black » en écoutant Tuli Kupferberg sur Youtube. Tokyo noir. Sentiment que je ne fais rien de bon. Tokyo noir. Trou noir."
Image
Une résidence récente en soirée. J'ai voulu prendre la photo à hauteur d'herbes, pour contrecarrer la géométrie implacable de l'immeuble. L'arbre au milieu, solitaire, soutenu par ses poutrelles obliques, en impose par sa présence stable et vénérable. La débauche de lumières derrière lui, sur la façade, crée au contraire une impression d'impermanence, presque de vitesse malgré la succession rectiligne des étages. L'arbre est le témoin des vies qui passent à toute allure dans ce monde éminemment quadrillé et, néanmoins,                                                           flottant. 
Image
Des trajets sans fin de métro et de train, sur ce fil ténu entre le réel et les rêves. Visages fourbus par un labeur appliqué auquel on consacre son corps, son sommeil, sa santé. Souvent après le travail on ne peut pas tout de suite rentrer, il faut encore boire entre collègues, broyer sur l'autel de l'entreprise une autre part du peu de vie privée qui reste, même si toutes les tâches ont bien été accomplies en temps et en heure. Ces allers-retours alors, sont des répits. Pendant que le train file au petit matin ou dans la nuit, que les stations défilent sans discontinuer, on reste là à ne rien faire, enfin, bercé par le rythme des rails, les annonces à peine perçues dans le demi-sommeil, les ouvertures et fermetures des portes, l'omniprésence des lumières derrière les paupières. Depuis les wagons le monde entier devient flou. Les corps se relâchent, des têtes endormies viennent involontairement reposer sur des épaules inconnues. Plus personne ne lutte, après tout les nuits...
Image
  Déambulation nocturne. Je longe une résidence tranquille, où beaucoup d'appartements sont déjà plongés dans l'obscurité. Seules quelques voix étouffées me parviennent de temps à autre, ou bien le murmure distant d'une télévision fatiguée. Les sons se dissipent rapidement dans la nuit, ne révélant rien de tous ces univers intimes, bien compartimentés derrière leur façade impassible. Mais tout à coup, un petit être attire mon regard. Ou plutôt un petit monstre en peluche qui, tel un féroce gardien, me somme de passer mon chemin. J'imagine un rituel d'enfant. Chaque soir, au moment du coucher, il tourne son fidèle compagnon vers l'extérieur pour qu'il surveille et protège la maison. Positionné tout contre la fenêtre, il fait ainsi rempart aux peurs qui certains soirs l'envahissent. Il dissuade les potentiels intrus et veille sur son sommeil. En prenant la photo, je lui chuchote intérieurement "ne t'en fais pas, je ne suis pas un méchant." L...
Image
  Un train fend la nuit entre Tôkyo et Yokohama. Entre cette prise de vue et aujourd'hui, combien d'années ont filé ? Plus de quinze ans déjà, à la vitesse de l'éclair.