Des trajets sans fin de métro et de train, sur ce fil ténu entre le réel et les rêves. Visages fourbus par un labeur appliqué auquel on consacre son corps, son sommeil, sa santé. Souvent après le travail on ne peut pas tout de suite rentrer, il faut encore boire entre collègues, broyer sur l'autel de l'entreprise une autre part du peu de vie privée qui reste, même si toutes les tâches ont bien été accomplies en temps et en heure. Ces allers-retours alors, sont des répits. Pendant que le train file au petit matin ou dans la nuit, que les stations défilent sans discontinuer, on reste là à ne rien faire, enfin, bercé par le rythme des rails, les annonces à peine perçues dans le demi-sommeil, les ouvertures et fermetures des portes, l'omniprésence des lumières derrière les paupières. Depuis les wagons le monde entier devient flou. Les corps se relâchent, des têtes endormies viennent involontairement reposer sur des épaules inconnues. Plus personne ne lutte, après tout les nuits sont courtes et les lendemains immenses. Le sommeil, heureusement, finit toujours par l'emporter.
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
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