Un ennemi plus redoutable encore que l'oubli. En quinze ans, combien de maisons, immeubles, quartiers réduits à l'état de gravats puis remplacés par des résidences sans histoires et des centres commerciaux sans attrait ? Les souvenirs s'érodent ; parfois des périodes entières s'effondrent sans même que l'on s'en aperçoive. Jusqu'au jour où l'on s'efforce de retrouver tel instant, tel visage autrefois familier, ces présences que l'on croyait éternelles. Impossible de les convoquer à nouveau. Il ne reste plus qu'un amas désordonné de sensations que l'on s'efforce en vain de faire tenir debout. Pourtant nul concasseur à mâchoires dans nos mémoires, pas de spéculation immobilière enragée. Mais du début à la fin nos vies, comme la ville, ne sont qu'un vaste chantier.
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
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