C'était un jour de pluie. La guest house où je vivais alors, habituellement si animée, était plongée dans un calme étrange. Aucun bruit de pas, aucun son de vaisselle ni de cuisine. Pas de fragment de conversation non plus, que ce soit dans une langue ou une autre. Aucun éclat de rire, aucune exclamation ni musique ne filtrait à travers les fines cloisons des chambres. Le sol du couloir était une mer de silence et au fond, ce grand parapluie ouvert se tenait là, comme un fantôme. Un instant j'ai pensé : il n'y a plus personne, même là dehors, nulle part. Comme un enfant qui se réveille soudain sans repère et ne perçoit plus, en lieu et place de tout son monde familier, qu'une grande, une immense absence. Mais je n'ai appelé personne... simplement je suis retourné prendre l'appareil photo dans ma chambre.
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Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
Souvent je n'osais pas photographier les visages. Mais vus de dos, alors qu'ils s'éloignent, les gens expriment aussi une part de leur personnalité. Elle transparaît de manière subtile dans leur démarche, leur silhouette, leurs vêtements. Le visage ne peut plus être le centre d'attraction principal et dès lors le regard se fait attentif aux autres détails. Ici la façon de porter le sac tout en tenant l'ombrelle du même côté, tandis que la main droite se balance au rythme des pas. Les vêtements sombres et surannés qui concordent avec les devantures défraîchies du quartier, mais surtout cette ombrelle qui crée comme une énigme impossible au centre de l'image. Dans un second temps c'est la blancheur du panneau, à gauche, qui attire le regard. Un restaurant coréen : barbecue, bibimbap et Jjigae (ragoût coréen) au menu. Puis l'enseigne du bureau de tabac, telle un repère au-dessus du mystère. Je repense à ces vers de Pessoa : "Je suis aujourd’hui par...
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