Un prunier, probablement, dans une arrière-cour vétuste. Les fleurs se détachent sur fond de façade grisâtre, formant des touches éparses mais d'autant plus éclatantes. Nous sommes bien loin de la grandiose profusion des fleurs de cerisiers, dont la saison vient de débuter au Japon. Mais ce déploiement modeste sur les branches nues et graciles vient réveiller d'autres émotions. Le manque apparent inspire une gratitude d'autant plus grande pour ce qui se donne à voir. Le faible nombre de branches permet au regard de les parcourir, d'aller et venir en s'attardant sur chaque petite efflorescence improbable. Il y a une certaine régularité dans l'image : la division en trois branches, les lignes droites du bâti... mais sans cesse altérée par les traces d'usure, d'humidité, par les courbures et les fissures qui prolongent le végétal. Et j'aime beaucoup ce segment de lierre en haut à droite, qui semble initier une fuite discrète.
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
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