Toujours là. En dépit de l'âge, des douleurs, d'un corps qui se racornit mais se maintient encore, bon gré, mal gré. Toujours là parce qu'il faut bien vivre comme on peut, de si peu. De toute façon, "qu'est-ce que je pourrais bien faire d'autre ?", lance-t-elle avec un grand sourire limpide à quiconque lui suggère qu'il serait grand temps de prendre soin d'elle, à présent. Certes, la petite boutique est encombrée mais elle sait avec exactitude où tout est rangé, chaque chose à sa place même si c'est au beau milieu d'un tas d'autres choses. Pendant les périodes creuses, elle lit avec attention ses magazines, penchée juste au-dessus des articles, le doigt suivant patiemment les caractères qui rapetissent de jour en jour. Derrière elle, une photo encadrée. Pas celle d'un fils ou d'un mari. Un chien. Attentif, avec son regard franc de toujours, sa queue en cercle, comme une interrogation : "Que veut ma maîtresse ? Qu'attend-elle de moi ? On y va ?". Cet animal... c'était quelque chose. Un dévouement, une qualité de présence à peine croyables, quand on y pense...
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
Commentaires
Enregistrer un commentaire