Fin du jour. Il est venu voir l'entraînement, son petit frère est là, sur le terrain. Claquement des battes qui percutent les balles, courses effrénées, cris des joueurs et de l'entraîneur. Espace familier, circonscrit, qui rassure. En même temps il rêve d'un coup parfait, si puissant et fulgurant qu'il placerait la balle en orbite, et ce rêve ouvre un ailleurs. La balle traverserait des amas de nuages, passerait devant un oiseau à toute vitesse, ou devant les yeux écarquillés du pilote d'un avion de ligne. Elle poursuivrait ensuite sa course dans l'espace comme une comète ou une étoile filante. Elle serait repérée par des satellites, retomberait sur une autre planète où des êtres en tous points différents s'en serviraient pour inventer un nouveau sport. A moins plutôt qu'elle ne parcoure le ciel pour retomber à l'autre bout de la terre, où vivent d'autres gens parlant une autre langue. Il ne faudrait pas qu'elle tombe sur la tête de quelqu'un bien sûr. Sauf peut-être... si c'est un meurtrier en train de commettre un crime. La balle l’assommerait et la victime serait sauvée. Mais elle pourrait aussi bien retomber dans la mer : de leurs tentacules, les poulpes la lanceraient aux dauphins qui se la passeraient, puis l'enverraient à une immense baleine qui la projetterait à nouveau dans le ciel d'un coup de nageoire surpuissant. Et la balle ferait ainsi tout le tour de la terre et le terrain prendrait alors les dimensions du monde, de l'univers.
Un tissu d'ombres vivantes
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
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