Au Japon un enfant attend, immobile, au bord d'un terrain de baseball. A côté de lui son vélo repose sur sa béquille.

Fin du jour. Il est venu voir l'entraînement, son petit frère est là, sur le terrain. Claquement des battes qui percutent les balles, courses effrénées, cris des joueurs et de l'entraîneur. Espace familier, circonscrit, qui rassure. En même temps il rêve d'un coup parfait, si puissant et fulgurant qu'il placerait la balle en orbite, et ce rêve ouvre un ailleurs. La balle traverserait des amas de nuages, passerait devant un oiseau à toute vitesse, ou devant les yeux écarquillés du pilote d'un avion de ligne. Elle poursuivrait ensuite sa course dans l'espace comme une comète ou une étoile filante. Elle serait repérée par des satellites, retomberait sur une autre planète où des êtres en tous points différents s'en serviraient pour inventer un nouveau sport. A moins plutôt qu'elle ne parcoure le ciel pour retomber à l'autre bout de la terre, où vivent d'autres gens parlant une autre langue. Il ne faudrait pas qu'elle tombe sur la tête de quelqu'un bien sûr. Sauf peut-être... si c'est un meurtrier en train de commettre un crime. La balle l’assommerait et la victime serait sauvée. Mais elle pourrait aussi bien retomber dans la mer : de leurs tentacules, les poulpes la lanceraient aux dauphins qui se la passeraient, puis l'enverraient à une immense baleine qui la projetterait à nouveau dans le ciel d'un coup de nageoire surpuissant. Et la balle ferait ainsi tout le tour de la terre et le terrain prendrait alors les dimensions du monde, de l'univers. 

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