Il faut bien repartir, se résoudre à quitter l'îlot sacré. Repasser par la succession de portiques sous le regard sourcilleux du komainu, abandonner le couvert des arbres pour retrouver le royaume du béton. Je m'attarde quelques instants encore, me perd dans le pelage parcouru de courants, flots et remous de la créature fantastique. Les végétaux et leurs ombres, les roches qui se contorsionnent, les oiseaux... présence de présences de présences...
Un tissu d'ombres vivantes
Peu à peu des souvenirs, pensées, sensations refont surface. J’ai créé ce blog pour leur faire une place, dans le présent. Pour donner à ce pan de ma vie un espace. J’ai créé ce blog pour tisser des liens, créer des ponts et des passages. Archiver, rêver. Ces mots de Tarjei Vesaas me reviennent avec force : “Si, à l’instant, il n’y a personne, l’air même est saturé de souvenirs. [...] Nous sommes les endroits, où des paroles sont tombées, vivifiantes ou fatales, paralysantes ou encourageantes. Nous sommes aussi ces endroits agréables et abrités, où les gens se sont réunis. Nous sommes les endroits que l’on n’oublie jamais, ceux qui, malgré leur air insignifiant, se gravent dans l’esprit des gens jusqu’à leur mort : une pierre ou deux pour s’asseoir, un tendre feuillage de printemps, et le ruisseau presque asséché d’un début d’été. Nous sommes les temps éternels et tous les lieux à la fois. Chaque pas est un souvenir. Si cela était visible, nous apparaîtrions un tissu d’ombres vivantes....
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