Les colonnes étaient brisées mais le tronc fin, lui, droit et sans prétention, poursuivait sereinement sa croissance. Des vestiges récents, comme toutes ces photos finalement, dont j'ai entamé l'archéologie subjective. Mon présent est jalonné de ruines, mais composé aussi de ces lignes vivantes qui maintiennent le renoncement à bonne distance. Un foisonnement qui, pour peu qu'on le laisse prendre place, finira un jour par recouvrir entièrement nos édifications disloquées, nos temples délaissés.
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Bien campé sur ses pattes avant, digne, le corps à la fois massif et élancé, il veille. Capte les variations les plus ténues à une vitesse fulgurante. L'œil aussi acéré que les crocs, les oreilles béantes, tendues vers l'invisible, la queue ample et soyeuse dressée telle un signal. Sa vivacité immobile tantôt se détache du feuillage, tantôt se confond avec lui. Dans sa gueule perspicace il protège une perle, âme ou énergie surnaturelle. Son imposante stature, si ce n'est menaçante du moins intimidante, est atténuée par la présence du bavoir. Marque d'attention et de respect à son égard, il met Renard en relation, faisant de lui un intermédiaire entre sauvage, humain et divin. Des craquelures commencent à donner à son dos un air de carapace. Juste derrière l'enchevêtrement de branches, déjà, de banals immeubles où le mystère se perd. Inopinément il peut néanmoins resurgir, à tout moment.
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Sur la photo, elle capte immédiatement le regard mais dans la rue, personne ne la voit. Sa posture entre repli et ouverture, d'une douceur peut-être un peu triste, trace une diagonale que l'homme au téléphone prolonge. Indifférents l'un à l'autre, ils se font néanmoins étrangement écho. Deux univers que tout oppose cohabitent un instant sur une même ligne : elle rêveuse, lui affairé ; elle jeune, lui vieillissant ; elle à demi-nue, lui en costume, mallette chargée de dossiers. Derrière, les passants forment un contraste similaire entre générations. La boutique d' amaguri , spécialité de châtaignes grillées, n'aura sans doute pas fait florès ce jour-là. C'était peut-être à Yokohama...
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Il y a les lignes au sol et les lignes au ciel. Tumultueuses et muettes. Entrelacs confus, espaces habitables réduits à peau de chagrin. Au lieu de prendre place, le vivant se faufile. La ville, sans cesse, se resserre sur lui pour mieux s'étendre. Dans la ruelle à droite, une voiture est en approche. Pas quelqu'un ! Alors bien souvent je ne sais plus. Si je me trouve dans une trame tissée de trajectoires et relations, ou empêtré dans un fatras de lignes qui entravent. Mais dans ce bâtiment si étroit, d'autres espaces s'inventent sans doute, à l'insu de tous. Et moi aussi, en arpentant les rues au hasard, j'échappe peut-être à ce piège qui s'étend.
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Toujours là. En dépit de l'âge, des douleurs, d'un corps qui se racornit mais se maintient encore, bon gré, mal gré. Toujours là parce qu'il faut bien vivre comme on peut, de si peu. De toute façon, "qu'est-ce que je pourrais bien faire d'autre ?", lance-t-elle avec un grand sourire limpide à quiconque lui suggère qu'il serait grand temps de prendre soin d'elle, à présent. Certes, la petite boutique est encombrée mais elle sait avec exactitude où tout est rangé, chaque chose à sa place même si c'est au beau milieu d'un tas d'autres choses. Pendant les périodes creuses, elle lit avec attention ses magazines, penchée juste au-dessus des articles, le doigt suivant patiemment les caractères qui rapetissent de jour en jour. Derrière elle, une photo encadrée. Pas celle d'un fils ou d'un mari. Un chien. Attentif, avec son regard franc de toujours, sa queue en cercle, comme une interrogation : "Que veut ma maîtresse ? Qu'attend...
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Des lambeaux de pluie sèchent doucement sur le chemin du sanctuaire. Il y a un temps pour tout, paraît-il. Pourtant, ce sont bien ces brefs moments de coexistence qui s'accordent le mieux avec nos cœurs. Ces états transitoires qui jamais ne révèlent mais évoquent, suggèrent. Je tends les mains devant moi comme pour embrasser ou accueillir. Il ne restera rien mais tout est là. Nos vies se déroulent sur fond de dialogue permanent entre ombre et lumière.
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Passage étroit entre une vieille rambarde et une palissade de béton. Qui a disposé là toutes ces plantes ? On dirait que la nature a commencé à franchir la barrière. Au fond, juste après le tournant, une personne s'est arrêtée. Pour observer une fleur peut-être, ou un insecte. Au premier plan, l'affiche décollée laisse apparaître un visage déformé au regard inquiétant. Juste à côté on peut lire : "O saki ni douzo" : "après vous" ou "allez-y, je vous en prie". Qui a tendu ce piège ? Je suis toujours un enfant. Mon quotidien est émaillé d'enchantements et de monstres, d'indices et de présences. L'ordinaire me touche, extraordinairement.
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Le vieil homme titubait, enivré par l'alcool et l'exubérance des fleurs. La perspective formait devant lui comme un goulot. Il s'y précipitait d'un pas décidé mais peinant à maintenir sa trajectoire, oscillant d'un côté à l'autre de la route, bras ballants et regard vitreux. Faille dans la fête, malgré les rangées de lanternes et d'arbres magnanimes. Que nous marchions sous des voûtes de fleurs ou d'étoiles, des lézardes se dessinent sous nos pas. Pour recouvrer ma part d'insouciance, je me faisais rameaux, pétales, prières.
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Un doux bric-à-brac où se côtoient ustensiles, porte-bonheurs, souvenirs. Objets ayant déjà servi un bon millier de fois. Bassine, pinceaux, tuyaux d'arrosage, serviette, brosses en tous genres... rien de précieux mais le temps et l'usage en ont fait des présences familières, leur ont conféré une forme de vie intérieure. Une amulette suspendue, un étrange chat porte-bonheur, un couple de figurines à jamais amoureuses. Placés dans la remise plutôt que mis au rebut, ils continuent malgré tout de compter, à leur manière. Tout en retenue, comme des témoins. Le miroir crée dans l'image une ouverture, mais ce reflet de la rue renvoie aussi au passage du temps, aux gens qui défilent, aux saisons successives. J'imagine le propriétaire. Parfois son regard s'arrête sur l'un de ces objets... c'est alors comme s'il regardait dans un rétroviseur.