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  Le vieil homme titubait, enivré par l'alcool et l'exubérance des fleurs. La perspective formait devant lui comme un goulot. Il s'y précipitait d'un pas décidé mais peinant à maintenir sa trajectoire, oscillant d'un côté à l'autre de la route, bras ballants et regard vitreux. Faille dans la fête, malgré les rangées de lanternes et d'arbres magnanimes. Que nous marchions sous des voûtes de fleurs ou d'étoiles, des lézardes se dessinent sous nos pas.  Pour recouvrer ma part d'insouciance, je me faisais rameaux, pétales, prières.   
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  Un doux bric-à-brac où se côtoient ustensiles, porte-bonheurs, souvenirs. Objets ayant déjà servi un bon millier de fois. Bassine, pinceaux, tuyaux d'arrosage, serviette, brosses en tous genres... rien de précieux mais le temps et l'usage en ont fait des présences familières, leur ont conféré une forme de vie intérieure. Une amulette suspendue, un étrange chat porte-bonheur, un couple de figurines à jamais amoureuses. Placés dans la remise plutôt que mis au rebut, ils continuent malgré tout de compter, à leur manière. Tout en retenue, comme des témoins. Le miroir crée dans l'image une ouverture, mais ce reflet de la rue renvoie aussi au passage du temps, aux gens qui défilent, aux saisons successives. J'imagine le propriétaire. Parfois son regard s'arrête sur l'un de ces objets... c'est alors comme s'il regardait dans un rétroviseur.      
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Un prunier, probablement, dans une arrière-cour vétuste. Les fleurs se détachent sur fond de façade grisâtre, formant des touches éparses mais d'autant plus éclatantes. Nous sommes bien loin de la grandiose profusion des fleurs de cerisiers, dont la saison vient de débuter au Japon. Mais ce déploiement modeste sur les branches nues et graciles vient réveiller d'autres émotions. Le manque apparent inspire une gratitude d'autant plus grande pour ce qui se donne à voir. Le faible nombre de branches permet au regard de les parcourir, d'aller et venir en s'attardant sur chaque petite efflorescence improbable. Il y a une certaine régularité dans l'image : la division en trois branches, les lignes droites du bâti... mais sans cesse altérée par les traces d'usure, d'humidité, par les courbures et les fissures qui prolongent le végétal. Et j'aime beaucoup ce segment de lierre en haut à droite, qui semble initier une fuite discrète.   
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  Le reflet déformé d'une résidence déjà un peu vieillotte sur la façade de verre d'un immeuble neuf. Fragments répétés mais en constant décalage. Ces grands bâtiments de verre sont dépourvus d'intériorité. Seuls deux néons allumés laissent entrevoir une profondeur sous le quadrillage muet. Le lampadaire à gauche, le haut du panneau de signalisation et le poteau électrique à droite sont les uniques représentants du réel. Tout le reste n'est que mirage.   
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  Elle tenait fermement le bouquet des deux mains, en même temps que la lanière de son sac. Le reste de son corps s'était progressivement détendu et elle avait fini par fermer les paupières, se laissant porter par le rythme des rails. Les mains jointes, les yeux clos donnaient à sa posture une apparence de recueillement. L'emballage froissé du bouquet formait comme une émanation fantomatique devant son visage. Au sommet, les plantes dépassaient légèrement du papier. Elle avait choisi ses préférées. Avec soin, pour qu'il puisse assister à l'éclosion des bourgeons. Au moins une fois encore. Elle tenait le bouquet fermement, comme elle tiendrait bientôt sa main.    
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Un ennemi plus redoutable encore que l'oubli. En quinze ans, combien de maisons, immeubles, quartiers réduits à l'état de gravats puis remplacés par des résidences sans histoires et des centres commerciaux sans attrait ? Les souvenirs s'érodent ; parfois des périodes entières s'effondrent sans même que l'on s'en aperçoive. Jusqu'au jour où l'on s'efforce de retrouver tel instant, tel visage autrefois familier, ces présences que l'on croyait éternelles. Impossible de les convoquer à nouveau. Il ne reste plus qu'un amas désordonné de sensations que l'on s'efforce en vain de faire tenir debout. Pourtant nul concasseur à mâchoires dans nos mémoires, pas de spéculation immobilière enragée. Mais du début à la fin nos vies, comme la ville, ne sont qu'un vaste chantier.    
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  Un restaurant de Sushi dans le quartier de Sengoku . Une vieille enseigne où les clients mangent debout, au comptoir, tandis que les échanges vont bon train. Le charme suranné du lieu est accentué par les scooters de livraison d'un autre âge, sagement alignés le long de la façade. J'ai fait beaucoup de rencontres dans ce quartier. J'y ai vu ma première représentation de Rakugo , dans un tout petit centre culturel exclusivement fréquenté par quelques habitués. Qu'un étranger y débarque la bouche en cœur n'a cependant suscité ni méfiance, ni hostilité. C'était un événement, qu'il fallait célébrer comme il se doit : dans une forme d'excitation joyeuse et de partage. Un événement ne sort pas nécessairement de l'ordinaire, il peut aussi s'accorder avec lui.   
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J'aime beaucoup cette image. La démarcation des espaces par la lumière et les matières. Les vieux pavés irréguliers que le regard arpente jusqu'à la dame au loin. Sa silhouette rend le portique du sanctuaire monumental. Un torii à moitié caché par le feuillage des arbres, si bien qu'il semble en émaner ou retourner à son état primordial. La brèche de lumière trace elle aussi un chemin, de biais, pour souligner la présence discrète du chat. Il semble attendre. La photo est un intervalle suspendu. Un champ de relations entre les lignes, les êtres, l'ombre et la clarté presque aveuglante, le sanctuaire et la rue. Il y a ici un rythme, une respiration. Tout est en suspens mais rien n'est figé. Si je devais donner un titre à cette image, ce serait sans doute : "Entre".  
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Un paquet de cigarettes abandonné sur le sable. Appeler une marque de tabac "Espoir"... ironie d'un marketing effréné. Mais l'histoire de la marque fait émerger des éléments de compréhension plus subtils. "Hope" a été lancée en 1957, alors que le pays est dans une phase de reconstruction économique où l'optimisme est à nouveau de mise. Modernisation, croissance, espoir national d'un avenir meilleur et d'une prospérité retrouvée. "Hope", un nom anglais pour marquer plus encore ce tournant, qui est aussi une ouverture. Le logo associé représente un arc tendu (qui a aussi des allures d'éventail). Une flèche pointant vers le haut, déjà prête à atteindre sa cible. Un élan international porté par les traditions ancestrales : le tir à l'arc, sa discipline et sa noblesse. Des valeurs auxquelles la marque a habilement mêlé la symbolique de l'arc de Cupidon : attirance, désir, amour.  Mais sur la plage, la flèche a perdu sa cible. L...
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  Quelques notes d'un jour sombre, avalé par la nuit :  "Je me fais coiffer dans un salon tendance par un jeune homme aux cheveux décolorés, à la peau cramoisie par des séances d’UV trop fréquentes. Entre deux compliments, d’une voix douce il s’étonne de la longueur de mon nez. Il me parle de Paris, la mode, tout ça… Non, je ne viens pas de Paris mais de Lyon, la cuisine, tout ça… Au supermarché un vieillard éméché me prend pour un américain. Je l’entends dire toutes sortes d’insanités dans mon dos, à la caissière et aux autres clients qui font semblant de ne pas l’entendre. Minuit depuis peu. Rien ne va plus. Je sirote une « Tokyo Black » en écoutant Tuli Kupferberg sur Youtube. Tokyo noir. Sentiment que je ne fais rien de bon. Tokyo noir. Trou noir."